Saumery, un "amy seur"

Fondation

Antoine, Cléon, Maurice OLIVIER est né le 10 Octobre 1876 à Villevieille, dans le Gard. Docteur en médecine en 1903, il devient en 1909 médecin adjoint de l'asile départemental de Blois puis médecin chef en 1919 et enfin son directeur de 1920 à 1938.

En 1936, il fonde la clinique médicale du Centre au château de l'Ecluze à côté de Salbris. Il a à ses côtés Robert LAIGNEAU qui après avoir été comptable, deviendra gérant en 1944 et le restera jusqu'en 2007.

Le 30 juin 1937 lors de l'ouverture de la 41ème session du congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France et des pays de langue française, dont il est membre permanent, le docteur Maurice OLIVIER, directeur de l'asile départemental et député-maire SFIO de Blois (1925 - 1940) prononce un discours sur l'optimisme dans la thérapeutique morale :

 " La psychanalyse freudienne apporte absolument un élément nouveau et puissant dans la thérapeutique psychologique. Elle se meut dans le dédale de la conscience du malade, elle parcourt tous les sentiers obscurs de l'inconscient, elle ressuscite les sentiments lointains et troubles, elle se heurte, au passage, à toutes les impuretés morales et physiques, elle exhume la pensée secrète originelle. Elle constate, mais elle ne porte pas de jugement moral. Cette investigation douloureuse donne toutefois de la personnalité humaine, un inventaire pénible de la méthode freudienne et porte, à première vue, la marque d'un pessimisme irrémédiable. Mais en réalité n'a-t-elle pas pour but d'aider le martyr humain qui s'ignore, à se libérer de ses contraintes inconscientes, de ses souffrances incomprises de lui-même et des autres et de le restituer à la plénitude de sa confiance. Pour [le freudisme], l'homme est un ballon captif qui doit connaître les limites de son ascension possible pour mieux en jouir". Le docteur Olivier conclut : "Il y a chez l'homme en dépit des misères et des souffrances, en dépit de nos tempéraments et de nos hérédités, une extraordinaire plasticité. Dans les recoins les plus ignorés de son être, il recèle des sources de joie et de lumière inconnues ou insoupçonnées de lui et des autres" (Olivier, 1937).

En 1938, la clinique médicale du centre investit le château de Saumery, (anagramme de "amy seur" ami sûr) loué à des descendants des Johanne de La Carre, propriétaires des lieux depuis le XVIeme siècle et détenteurs de la charge de Gouverneurs de Chambord pendant plus de 150 ans. (Voir ci-contre portraits de Jacques François Johanne de La Carre de Saumery et de sa soeur Marie, comtesse de Cheverny, ainsi que la généalogie Johanne de La Carre).

Pendant la guerre

Le 12 Juillet 1940, 3 semaines après les bombardement et canonnades de Blois des 17, 18, 19 Juin, Maurice Olivier prononce un discours à la mairie de Blois : " Je continuais à remplir mon rôle médical auprès de mes malades et de blessés militaires à ma clinique de Saumery, à Huisseau sur Cosson, pendant la tourmente récente lorsque j'apprenais le mardi 18 juin, la mort de M. Laurens survenue le 16, en dépit des soins du Docteur Grenoilleau, le mercredi 19 l'entrée des Allemands à Blois, comme à Huisseau. Le jeudi soir 20, j'étais informé de la situation morale et matérielle pénible de la ville de Blois. Aussi dès le vendredi matin 21 juin, avec l'aide amicale de M. Lecomte, photographe, je pouvais commencer à entreprendre à Blois, en compagnie de Mme Olivier, une lourde tâche" (Olivier, 1940, extrait).

En 1942, sous la pression de l'armée allemande, l'hôpital de Blois commence à être dispersé, les malades sont déportés. En 1943, l'asile est totalement désaffecté. Les derniers patients sont transférés dans des institutions du centre et du sud-ouest de la France, tandis que le personnel est définitivement licencié le 1er octobre. Il ne reste dans le Loir-et-Cher, pour 250 000 habitants, que les 12 lits de Saumery.

L'après-guerre

Après la mort du Dr Olivier le 16 juillet 1944 à Huisseau sur Cosson, à l'âge de 68 ans, jusqu'en 1952, le registre du personnel médical fait mention des docteurs Claude Masselin (jusqu'en Mai 1946), Paul Carrette (jusqu'en Octobre 1947), membre de la société médico-psychologique, Michel Renard, consultant parisien qui visite ses malades une fois/semaine jusqu'en 1951. José Solanes, ami catalan de François Tosquelles, y est interne d'Avril 1946 à Octobre 1949, année de son départ au Venezuela.

Jean Oury

C'est fin 1949 que Jean Oury arrive de St Alban sur Limagnole, où il travaillait depuis deux ans avec Tosquelles, rencontré rue d'Ulm à la première conférence de Jacques Lacan.

Encore interne, Oury développe l’activité de la clinique. Thésé en 1951, seul psychiatre du Loir et Cher, il sillonne le département, consulte au dispensaire d'hygiène mentale, prodigue des soins aux enfants de plusieurs instituts médico-pédagogiques. La patientèle progresse lentement pour atteindre 40 lits en 1953.

Mais désormais sous les ordres du Dr Jean Naudascher qui n'entend guère ses méthodes, face à l'inertie du personnel et de l'administration qui refuse de faire des travaux, Jean Oury décide de quitter Saumery :

 "J'ai emmené une trentaine de malades et on est parti, très sérieusement. On en a laissé que six ou sept parce qu'ils ne pouvaient pas marcher. On ne savait pas où aller, il n'y avait rien et on a marché sur la route. Le soir, on s'est arrêté dans un hôtel, c'était magnifique ! Un hôtel à Saint-Dyé au bord de la Loire qui s'appelait : Le beau rivage".

La rénovation

Après son départ en 1953 pour le château de la Borde à Cour-Cherverny, tout reste pratiquement en l’état jusqu’en 1980. Le trois avril, un incendie provoqué par une patiente fait 6 victimes et entraîne de nombreux dommages. La fermeture de six mois est mise à profit par le personnel enrichi de nouveaux soignants et d'une équipe médicale (Drs Yves Laval, François Echard, Patrick Ceccon) et un peu plus tard du directeur Philippe Maupu, tous formés dans les 3 cliniques de psychothérapie institutionnelle du Loir-et-Cher : la Borde, la Chesnaie et Freschines.

De nombreuses réunions ont lieu dans la salle à manger, relativement épargnée par l’incendie, avec l'objectif de provoquer une rupture épistémologique et infléchir l’organisation du travail trop segmentée. Les infirmiers et les aide soignants deviennent « moniteurs » polyvalents, les diverses fonctions de décloisonnent. Le profil clinique des pensionnaires se rajeunit.

Fondée en 1977, la SACES (Société d’Animation Culturelle et d’Entraide de Saumery) est réactivée pour coordonner la vie sociale de la clinique et faire participer les pensionnaires désormais au nombre de cinquante.

Un nouvel élan

L'arrivée du Dr Antoine Fontaine comme remplaçant dès 1994 puis médecin institutionnel à partir de Janvier 1998, redonne un nouveau élan à la clinique. Formé à la Borde où il a été ergothérapeute, animateur et infirmier pendant ses études de médecine, puis à l'Association de Santé Mentale du 13eme comme interne puis assistant, il donne un souffle psychodynamique en associant davantage l'équipe au travail de pensée à plusieurs. Sous son impulsion, l'association culturelle du personnel organise des colloques, développe l'accueil des stagiaires, publie des articles.

Patrick Ceccon s'investit dans un atelier théâtre, François Echard ouvre l'appartement associatif. Arrivée un peu plus tard, Nathalie Gisbert tourne la clinique vers les réseaux médicosociaux et crée le Service d'Accompagnement Médico Social pour Adultes Handicapés psy du 41 qu'elle rejoindra plus tard.

En 2003, l'Etablissement recrute Patricia Lopez pour sa première itération de procédure de certification. Aujourd'hui, la Haute Autorité de Santé valide l'intégration de la qualité et sécurité des soins au sein du projet Psychothérapie Institutionnelle.

Les transformations

Avec l'arrivée d'Amaro de Villanova qui devient gérant en 2007, la clinique se développe, diversifie ses activités, améliore ses supports logistiques (informatisation...), rénove ses locaux, embauche du personnel qui devient pluridisciplinaire (médecin généraliste,  professeurs, éducateurs). La manière psychodynamique s'intensifie.

Les outils thérapeutiques s'affinent et se complexifient : enveloppements, médiations corporelles, psychodynamique, neuropsychologie, traitement psychosocial. La SACES rafraîchit ses statuts et devient Club Thérapeutique de Saumery.

Dans un contexte de mobilisation sanitaire départementale pour la population adolescente, la clinique inaugure en Octobre 2009 une unité soins intégration scolaire, véritable point de départ d'une nouveau projet médical centré sur l'adolescence, la prévention et la déchronicisation.

En 2011 un hôpital de jour adultes est installé sur le site de Saumery, en 2012, le nombre de lits pour adolescents s'accroît et, en Novembre 2015, la Maison d'Artémis, hôpital de jour pour adolescents, ouvre ses portes à Blois.

"En chemin"

En 2015, en lien avec d'autres clubs dont celui de Reims et de la Société Parisienne d'Aide à la Santé Mentale, le club thérapeutique participe au lancement d'un mouvement fédératif national des clubs : L'interclub est actuellement en plein essor et regroupe une trentaine de clubs thérapeutiques.

Juin 2017, le Club Thérapeutique fête ses 40 années d'existence.

Fin 2017, la clinique et le club ouvrent le chemin du développement durable et l'éco-responsabilité

Les 16 et 17 juin 2018, à l'occasion de son 9ème Colloque sur le thème de "l'intelligence traumatique" la clinique de Saumery organise un festival pour célébrer ses quatre-vingt années d'une pratique psychiatrique vivante, au service des personnes souffrantes qui ont besoin d'un asile de compréhension bienveillante.

Actualisation Novembre 2018